Les pratiques exemplaires d’écologie industrielle

Au regard des profils de projets existants au niveau international et aux premières initiatives en France, il n’existe pas de modèle d’application unique des principes de l’écologie industrielle. Les différentes pratiques en cours peuvent varier en fonction de plusieurs facteurs : les enjeux et les objectifs prioritaires du territoire concernés, l’échelle d’intervention choisie ainsi que la diversité et les intérêts des acteurs participant.

Les exemples ci-dessous illustrent les différentes démarches possibles :

• Réhabilitation d’une ancienne base militaire en parc éco-industriel :

Eco-Industrial Park of Devens, Massachusetts, Etats-Unis.

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L’initiative de la zone industrielle de Devens, située au Nord Ouest de la ville de Boston, est liée à un projet de réhabilitation d’une ancienne base militaire de l’armée américaine.

Dès 1991, peu après le départ de l’armée (qui assurait la majeure partie des emplois locaux), les communes voisines ont dû faire face à une situation de déclin économique. L’agence de développement économique du Massachusetts – MassDevelopment, en charge du redéveloppement de la zone, a choisi de consulter la population locale concernant les activités futurs du parc. Cette dernière a répondu à plus de 90% que la protection de l’environnement et la conservation des ressources naturelles devait être le fil directeur du réaménagement de cette zone afin de rompre avec les nuisances des activités précédentes. MassDevelopment a ainsi mandaté la Devens Enterprise Commission (DEC) afin d’appliquer les principes du développement durable et de l’écologie industrielle dans la gestion du parc. Aujourd’hui ces facteurs influencent fortement le profil de la zone et des industriels présents.

En service depuis 1996, ce parc accueille 75 entreprises de secteurs variés : les hautes technologies, la logistique, secteur manufacturier… qui participent à la mise en oeuvre du Devens Industrial Ecology Project dont l’objet est « d’améliorer les relations parmi les entreprises sur le site, d’améliorer le développement économique de la région et de préserver les ressources naturelles existantes pour les générations à venir » (*)

Le principal outil de ce projet est le programme ECO STAR. Ce programme a été conçu par un comité local composé de représentants de la DEC, d’entreprises du site, d’organisations non gouvernementales, et de la ville voisine d’Ayer. Le but d’Eco Star est de promouvoir le développement durable dans la zone de Devens. Les partenaires d’Eco Star sont une communauté d’entreprises, des organisations à but non lucratif et des citoyens qui oeuvrent ensembles pour : faire progresser le développement durable à travers des partenariats de long terme, renforcer l’amélioration continue et l’innovation, mettre en place une intendance environnementale, être au service de la communauté, devenir un modèle d’écologie industrielle…

Ce programme n’est pas obligatoire et encourage la mise en réseau et l’engagement environnemental. Les entreprises qui acceptent d’y participer doivent respecter un certain nombre de standards parmi une liste de 25 tels que la mise en synergie avec un autre industriel de la zone, des échanges d’information avec la communauté voisine ou plus simplement des mesures de préservation de l’eau ou de diminution des emballages.

Remarque : chaque standard du programme EcoStar fait l’objet d’une fiche comprenant les buts et bénéfices du standard en question, des pistes pour l’atteindre, des renseignements sur ce que font les autres entreprises, des idées pour documenter les réalisations, ainsi que des sources d’information dans le domaine considéré.

• Application des principes de l’écologie industrielle à un parc existant :

Burnside Industrial Park as an Ecosystem , Halifax, Nouvelle-Ecosse, Canada

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Le programme en cours de réalisation au sein du parc industriel de Burnside est l’un des projets d’écologie industrielle les plus anciens.

Ce parc, situé dans la Municipalité Régionale de Halifax en Nouvelle-Ecosse, est un des plus grands parc au Canada mais aussi l’un des plus performants. Il s’étend sur environ 1200 hectares, où presque 1400 petites et moyennes entreprises exercent leur activité et emploient approximativement 17000 personnes.

Depuis maintenant plus d’une décennie, le Parc de Burnside fait l’objet de recherches multidisciplinaires et de programmes de développement initiés et suivis par The School for Resource and Environmental Studies de l’Université de Dalhousie en vue d’examiner l’application des principes d’écologie industrielle à l’échelle du parc. Cette opportunité pour les responsables du programme de travailler en relation directe avec une zone industrielle existante de grande envergure est une des caractéristiques principales de ce projet.

Depuis 1998, « l’Eco-Efficiency Centre » est en charge de promouvoir l’écologie industrielle auprès des entreprises du parc. C’est une organisation à but non-lucratif qui travaille pour l’amélioration des performances environnementales et financières des PME/PMI. Le Centre aide à l’amélioration de l’éco-efficacité des entreprises tout en encourageant les efforts de coopération dans un objectif de conservation des ressources, de prévention de la pollution , de réutilisation et de recyclage de la matière et de l’énergie, ainsi que toutes les bonnes pratiques environnementales.

Ce nouveau type de gestion des ressources a notamment contribué à la promotion de niches de marché dans les domaines de la réutilisation, de la refabrication ou du recyclage de la matière dans le Parc. Cet axe de développement a permis l’installation de plusieurs nouvelles entreprises. Aujourd’hui, environ 15% des entreprises sur le Parc fournissent des services de location, de réparation, de valorisation, de refabrication ou de recyclage.

Voici quelques exemples de ces bonnes pratiques :

La réduction des déchets d’emballage

Un partenariat a été encouragé entre une entreprise d’assemblage d’ordinateurs et une entreprise de conditionnement. La première reçoit ses pièces d’ordinateur emballées dans de grandes boîtes remplies de billes de polystyrène. La deuxième a accepté de réutiliser ce matériaux pour conditionner ces produits. Cette opération évite ainsi au polystyrène d’être éliminé en décharge et permet une économie de matière puisque l’entreprise de conditionnement achète moins de polystyrène neuf.
Une autre entreprise de transport par bateau a signé un arrangement pour réutiliser des palettes dont la taille est aux normes européennes. Ceci évite qu’elles soient normalement renvoyées à vide ou simplement éliminées

Le bouclage des matières/échanges

Un système de valorisation d’argent en commun a été proposé pour les imprimeurs sur le parc à Burnside. Cette technologie peut ne pas être rentable pour de très petites entreprises mais peut le devenir si elle est achetée de manière coopérative. Le responsable de cette unité récupère les bains de fixation (les bains de fixation servent dans le domaine de la photogravure à stabiliser l’image photographique sur film ou papier après développement par dissolution ou neutralisation des restes de sels d’argent non exposés dans l’émulsion) chez les imprimeurs et retire l’argent de ces derniers. Les bains sont alors renvoyés à nouveau vers les imprimeurs individuels pour réutilisation.

L’utilisation de matériaux en cascade

Une entreprise recycle ces peintures en utilisant un système de récupération interne à base de solvants. Les solvants récupérés sont utilisés pour nettoyer les pistolets à peinture, qui peuvent être nettoyés avec des solvants de moindre qualité.
Des obstacles existent toujours avec la réglementation concernant les déchets dangereux, spécialement par rapport à leur transport au delà de la propriété des entreprises. Cependant celles-ci sont entrain de s’assouplir.

• Mise en place d’une plate-forme d’écologie industrielle :

Centre de Transfert Technologique en Ecologie Industrielle (CTTEI), Québec, Canada.

Le Centre de Transfert Technologique en Ecologie industrielle est né à la suite d’une conférence internationale à Sorel-Tracy en juin 1998 et intitulée : « L’écologie industrielle : une stratégie de développement ». La création de ce centre avait pour but de consolider l’expertise québécoise dans le domaine de la valorisation des matières résiduelles industrielles. Suite à un mandat de trois ans que lui confiait à l’automne 2001 la Société de diversification économique des régions du Québec , en collaboration avec Développement économique Canada et des partenaires locaux, le CTTEI a pour mission au cours des prochaines années, de développer l’écologie industrielle sur l’ensemble du territoire de la Montérégie. Pour remplir cette mission, ce centre collégial de recherche s’attache à implanter une plate-forme d’écologie industrielle au coeur de la zone occupée par l’activité industrielle. Ce projet vise notamment à inciter les entreprises à valoriser davantage leur résidus industriels et à favoriser les maillages et le développement de synergies de sous-produits entre entreprises.

Exemple de projet réalisé par le CTTEI :

L’un des projets les plus réussis du Centre concerne la commercialisation d’un abrasif utilisé dans le nettoyage par sablage (sandblast) issu de la valorisation de stériles miniers.

L’initiative trouve en partie son origine dans le manque d’opportunités offertes par le marché de la construction pour lequel le résidu minier était utilisé comme matériaux de base. Les débouchés dans le génie civil se faisant de plus en plus rares, il a fallu trouver de nouvelles alternatives.

Le résidu est une pierre qui est concassée et tamisée à la bonne taille pour être utilisée en projection sous pression pour le nettoyage au jet de sable. Une matière qui était un déchet il y a cinq ans est devenue la source d’une nouvelle activité économique. Il y a un gain environnemental et économique direct par cette collaboration entre le CTTEI et l’entreprise fabricant le produit de sablage. En plus des avantages économiques et environnementaux réalisés, cette initiative règle également un problème sanitaire. En effet ce produit vient en remplacement du sable qui posait des problèmes de silicose chez les utilisateurs. En plus d’être un produit qui aurait dû être enfoui, ce produit vient ainsi régler une problématique de santé des travailleurs.

Note : Ces résultats sont extraits de l’étude “Premiers retours d’expérience en écologie industrielle : études de cas en Europe et en Amérique du Nord”, réalisée par B. Duret avec le soutien du CREIDD (UTT), R&D EDF, Auxilia et ICAST.

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